Santé en France
Sauvez les hôpitaux à bout de souffle
Toute la population française connait de plus en plus de difficulté à accéder aux soins. Des millions
de personnes n’ont pas de médecin traitant et l’accès aux services d’urgence est de plus
en plus compliqué. Comment en sommes-nous arrivés là ? Réponse d’un infirmier en psychiatrie et
syndicaliste CGT dans le secteur santé.
La Sécurité sociale a été créée en France en 1945 au lendemain de la seconde guerre mondiale. Cela a ainsi permis de formidables progrès de la médecine avec le développement de l’hôpital public, passage obligé de tous les internes en médecine. Les plus brillants professeurs ont tous été formés à l’hôpital. C’est grâce à cela qu’ont été, entre autres, éradiquées de nombreuses maladies (qui par ailleurs sont en train de revenir comme 1a scarlatine, la tuberculose, le scorbut…), que la mortalité infantile est (ou était) quasiment la plus faible du monde et que tout simplement l’espérance de vie a augmenté.
Diminution continue des capacités d’hospitalisation.
Depuis des années, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse que de s’attaquer à la Sécurité sociale argumentant d’un déficit fabriqué par eux-mêmes à coup d’exonération de cotisations patronales s’élevant à plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année. Ainsi d’année en année, des lits d’hôpitaux ont été fermés. Le pays a connu une diminution continue des capacités d’hospitalisation entre 2003 et 2Ol9, le nombre de lits d’hospitalisation complète est passé de 468 000 à 393 OOO, tous établissements, toutes disciplines et tous secteurs confondus.
Selon la DRESS (Direction de la Recherche des Études de l’Évaluation et des Statistiques), depuis fin 2013, les établissements de santé ont perdu 43 500 lits d’hospitalisation, soit une diminution de l’offre de 10,5%.
Pénurie de médecins organisée et culpabilisation des malades.
Pendant des années, cela s’est fait au nom des nécessaires économies. Aujourd’hui, c’est la pénurie de médecins qui en serait la cause. Or la pénurie de médecins a été sciemment organisée par le numérus clausus (nombre d’étudiants limité dans les facultés de médecine). Tout le monde connaissait l’évolution à venir de la démographie médicale (départ à la retraite) et tous ont laissé faire.
Le manque de lits et de personnels conduit à des conditions de travail des hospitaliers extrêmement difficiles, pris dans des injonctions contradictoires de soins, de sélection des patients et de libération rapide des lits.
Aujourd’hui, le discours officiel cherche à culpabiliser les malades qui consommeraient trop de médicaments qui abuseraient des arrêts maladies ou qui iraient aux urgences « sans en avoir besoin ».
Sensibilisation des soignants à accueillir des blessés de guerre.
Mais la réalité des intentions politiques est dramatique : fin août 2025, Catherine Vautrin, alors Ministre de la Santé, a donné des instructions aux directeurs des Agences Régionales de Santé (ARS), les invitant à se préparer pour un possible « engagement majeur » de la France dans un conflit armé d’ici au mois de mars. « Les hôpitaux civils devront être prêts à recevoir entre 100 000 et 500 000 hommes sur une période de 10 à 180 jours », « la création de centres médicaux » est envisagée « afin d’accueillir des patients de la zone de combat ». Il est demandé aux directeurs d’ARS de sensibiliser, dès à présent « la communauté soignante aux contraintes d’un temps de guerre marqué par la raréfaction des ressources ».
Budget des Armées et budget de la Santé.
Ce 18 novembre, dans un discours d’une brutalité inouïe, Fabien Mandon, chef d’état-major des armées déclarait au congrès des maires de France : « (…) il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement ». Mme Vautrin, devenue ministre des Armées, a validé ce discours.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) prévoit aux alentours de 7 milliards d’euros de coupe sur la santé par le doublement des franchises, le contrôle des arrêts maladie et des affections de longue durée (ALD). Dans le même temps, le budget des armées augmente de 7 milliards.
C’est donc pour financer leur guerre qu’ils veulent s’attaquer au droit à la santé de la population !
N°706 – Planète Paix – Décembre 2025
Rodolphe Verger