Terrorisme d’Etat : une controverse juridique face au réel

Catherine Connolly, nouvelle Présidente de l’Irlande, a été très critiquée pour avoir, lors de sa campagne
électorale, caractérisé Israël comme « État terroriste ». Dans les faits, la notion de « terrorisme d’État » reste très controversée en Droit. Elle n’en recoupe pas moins une réalité tangible, l’exemple israélien étant ici édifiant.

Catherine Connolly, candidate d’union de la gauche irlandaise a triomphalement été élue le 26 octobre Présidente avec 63 % des voix exprimées. Même si les prérogatives constitutionnelles de la nouvelle Présidente irlandaise sont limitées, l’ampleur de sa victoire la légitime face à une majorité parlementaire fragile et pourrait ouvrir une reconfiguration politique. Cette avocate de 68 ans a en effet été élue sur un discours de clarté et de rupture politique : partisane de la réunification de l’Irlande et pacifiste assumée, elle est, par exemple, opposée à une augmentation des dépenses militaires et en faveur du maintien de la tradition de neutralité de son pays.

Un État peut-il commettre des actes terroristes ?
Catherine Connolly est aussi connue pour son engagement ferme en faveur du peuple palestinien. Rien d’étonnant dans un pays victime du colonialisme britannique et d’une colonisation de peuplement qui a conduit à une partition toujours contestée. Si on ajoute le compagnonnage de longue date entre la mouvance républicaine irlandaise et le mouvement national palestinien, ce positionnement apparaît même naturel. Mais Catherine Connolly a été plus loin, faisant polémique en accusant un mois avant son élection Israël de se comporter comme un « État terroriste ». Si cette déclaration ne l’a nullement desservie sur le plan électoral, elle lui vaut de virulentes critiques parmi les soutiens d’Israël.

Mais plus généralement, c’est l’idée même qu’un État puisse commettre des actes « terroristes » qui fait débat. D’autant plus qu’il n’y a pas de définition précise du terme en droit international, et qu’il tend à être utilisé à des fins infamantes, voire de propagande. Pour les défenseurs de la raison d’État, ou si on fait une application stricte de l’idée du « monopole de la violence » de l’État, il ne saurait y avoir de « terrorisme d’État ». Et pourtant, les faits sont têtus : nombre d’États, y compris le nôtre et ses alliés géopolitiques, ont appliqué ou appliquent des méthodes très proches de groupes non-étatiques qu’ils qualifient de terroristes. Mais dans une logique campiste, le « terroriste » c’est toujours « l’autre ».

Israël se comporte-t-il en « État terroriste » ?
Et sur ce plan, l’exemple d’Israël est édifiant, passant son temps à stigmatiser les Palestiniens comme « terroristes » alors qu’il est né dans 1e terrorisme, cet État a été dirigé par d’anciens terroristes jamais repentis et multiplie les actes qualifiables de terroristes depuis des décennies. Israël est né dans le terrorisme : de l’attentat contre l’hôtel King David en 1946 à l’assassinat du médiateur de l’ONU Folke Bernadotte en 1948, l’Irgoun et le Lehi, groupes paramilitaires de la droite sioniste (et dont le Likoud, le parti actuellement au pouvoir en Israël est la continuation politique), ont déchaîné dans les années 40 une violence terroriste d’une ampleur inédite. Une terreur politique dont les Palestiniens ont été les principales victimes, avec des massacres et actes de barbarie tellement innommables (viols de masse, bébés tués la tête écrasée à coups de crosse de fusil, etc.), qu’ils les pousseront, terrorisés et paniqués, à fuir, conduisant à un nettoyage ethnique. Ce qui était exactement le but recherché.

Non seulement ces crimes n’ont jamais été punis, mais leurs auteurs sont glorifiés et le nettoyage ethnique résultant entériné et aujourd’hui poussé à son paroxysme génocidaire. Menahem Begin et Yitzhak Shamir, respectivement dirigeants de l’Irgoun et du Lehi dans les années 40, alternent même au pouvoir de 1977 à 1992. Toutefois, la gauche sioniste n’est pas en reste : fin 1947, c’est par exemple elle qui assassine une vingtaine de dirigeants palestiniens à Jérusalem et Jaffa. Dans les années 50, alors qu’Israël est sous-direction « travailliste », ses services secrets multiplient les attentats dans les pays voisins, y compris contre la communauté juive d’Irak (voire d’autres ?) pour pousser à son émigration vers Israël. Ces pratiques n’ont jamais cessé depuis, avec des attentats ou des assassinats ciblés (ou non…) régulièrement dans différents pays, y compris en France d’ailleurs, ou l’an dernier au Liban à une échelle inédite, des centaines de bipeurs piégés.

N°705 – Planète Paix – Novembre 2025
Jihad Wachill