UPU, agence de l’ONU
L’Union postale universelle, factrice de paix
Sœur cadette de l’UIT, qui œuvre dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, l’UPU facilite les échanges postaux transfrontaliers dans l’espoir de rapprocher
les peuples. Née en 1874, elle est la deuxième plus ancienne organisation internationale.
Ayant intégré l’ONU en 1947, quel est aujourd’hui son rôle ?
Cela peut surprendre, mais parmi les quinze institutions spécia1isées composant la « famille de l’ONU », il en est une qui s’occupe de faciliter les échanges postaux à travers les frontières : l’Union postale universelle. Méconnue, elle est pourtant le témoin de l’histoire longue de la coopération mondiale, ses origines remontant sept décennies avant celles des Nations unies. À travers l’interconnexion des postes de ses 192 États membres, elle coordonne ce qui représente le plus grand réseau physique de distribution au monde, en gardant en vue la paix et les droits humains.
Moins d’obstacles aux échanges postaux.
Fondée en octobre 1874,l’Union générale des postes a pris le nom d’Union postale universelle quatre ans plus tard, après que l’Inde britannique, le Brésil ou encore le Japon aient rejoint les États fondateurs, essentiellement européens et nord-américains. Triomphe alors la perspective universaliste d’un abaissement généralisé des barrières faisant obstacle aux échanges postaux. Les pacifistes avaient tôt vu l’intérêt d’une extension internationale de la logique de service public prévalant déjà à l’échelle nationale, matérialisée depuis les années 1840 par l’adoption conjointe de tarifs postaux uniformes et de timbres pour les régler. Faciliter les communications transfrontalières, c’était, espérait-on, rapprocher les peuples. L’Américain Elihu Burritt avait notamment mené des campagnes de « friendly addresses » consistant à faire correspondre des leaders d’opinion que leurs gouvernements menaient à l’affrontement. il avait aussi promu une réforme des relations postales internationales dans le cadre de l’International Postage Association et du premier congrès international de la paix (1848).
Une évolution jusqu’à son entrée dans la famille de l’ONU.
Sise à Berne en Suisse, l’Union œuvre donc à la baisse et à l’uniformisation des tarifs, à la liberté de transit et à la création de nouveaux services postaux internationaux. Pour les contemporains, c’est une source de satisfaction et d’espoir. Satisfaction pour les familles séparées par les migrations, pour les commerçants et les financiers, pour les premiers touristes. Le télégraphe est certes plus rapide, mais tellement plus cher et contraint. Espoir de voir un modè1e de coopération et d’arbitrage des différends se répandre dans d’autres secteurs, inspirant les organisateurs des conférences de la paix qui se tiennent à La Haye en 1899 et 1907.
Les postes étant alors des administrations d’État, l’UPU est une organisation intergouvernementale. Lorsque la Société des Nations est créée en 1919, il est question d’y rattacher les Unions dites techniques, en comparaison de ce nouvel organisme ouvertement politique. Mais jaloux de leur autonomie, les postiers refusent. Les choses changent après la Seconde Guerre mondiale. Non sans débats et aménagements, l’UPU trouve en 1947 un accord avec la nouvelle Organisation des Nations unies.
De nouveaux défis.
Avec l’ouverture des marchés postaux à la concurrence, un double niveau de gouvernance est mis en place au sein de l’UPU à compter de 1994 : les gouvernements décident, tandis que les opérateurs postaux chargés des obligations du service dit universel conseillent et exécutent. La concurrence des spécialistes de l’express, de l’email et des réseaux sociaux a certes, depuis, fait perdre beaucoup de son importance au courrier international. Le trafic de lettres internationales atteint son sommet dans les années 1990, pour revenir en 2024 à son niveau de 1888. Mais le boom des paquets et colis, l’importance économique et sociale des opérateurs postaux et l’attachement au multilatéralisme font de la préservation de l’UPU une cause partagée, quand le président américain Donald Trump menace de quitter l’organisation en 2018. Une réforme a permis de prendre en compte les demandes américaines, et d’arriver assez sereinement vers le 150e anniversaire. Les défis restent toutefois massifs : place des opérateurs privés et des grands acteurs du commerce électronique dans la gouvernance, lutte contre les trafics illicites et décarbonation de l’activité.
N°702 Juin / Juillet / Août 2025 – Planète Paix
Léonard Laborie, CNRS (UMR Sirlce)